De photographe à boulangère : Dany, une reconversion qui sort des clichés

Portrait d’une dirigeante

Une dizaine de kilomètres séparent les deux boulangeries de Dany Emontsgast Heugue, près de Béthune (Pas-de-Calais). Rien à côté du chemin emprunté par cette photographe-portraitiste de métier pour se reconvertir dans la boulangerie à l’aube de la cinquantaine. D’un labo à l’autre, Dany cultive l’art(isanat) des aventures humaines.

L’équipe Tous les matins de Gonnehem

« Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail ». Cette citation de Léonard de Vinci, Dany Emontsgast Heugue l’a inscrite sur le tableau d’animation d’équipe (lire encadré) qui trône à l’entrée du laboratoire de sa boulangerie-pâtisserie. « Ces mots ont un sens parce qu’ils incarnent l’exigence et les valeurs de notre métier d’artisan », explique la dirigeante de 57 ans, qui compte une vingtaine de salariés dans ses deux magasins Tous les matins, l’enseigne qu’elle a créée en 2011 près de Béthune (Pas-de-Calais), sa ville d’origine.

Dany dirige seule sa boutique de Sailly-Labourse. Elle a ouvert en octobre dernier un second magasin du côté de Gonnehem, qu’elle gère cette fois-ci en famille. « En s’associant à mes côtés, Daphnée et Corinne, ma sœur et ma cousine, entament le virage professionnel que je ne pouvais qu’encourager pour l’avoir pris avant elles », sourit celle qui n’a pas hésité à repenser sa trajectoire professionnelle il y a presque 10 ans.

Tous les matins, en bref

– Deux boulangeries-pâtisseries artisanales à Sailly-Labourse (depuis 2011) et Gonnehem (depuis 2018)
– Ouverture du mardi au dimanche dès 6h
– Des dizaines de spécialités (dont le pain d’chien local, un pudding ch’ti aux raisins)

Le bonheur est dans le pétrin

Car une reconversion dans la boulange’ n’était pas forcément préméditée pour Dany. Ce n’est qu’en 2010, à l’aube de la cinquantaine, que la photographe-portraitiste a fait le choix du pétrin pour sortir de celui dans lequel son métier d’origine – la prise de vue argentique – la conduisait. « Se battre contre l’hégémonie du numérique était perdu d’avance », rappelle Dany, que le talent a auréolé de plusieurs prix durant les 25 années d’une première carrière passée entre sa galerie lilloise et son laboratoire de développement photo. « Cette issue m’a convaincue d’aller là où aucune évolution technologique ne viendrait me confisquer le savoir-faire que j’allais apprendre », se souvient-elle.

” Aller là où aucune évolution technologique ne viendrait confisquer mon savoir-faire. “

L’hypothèse de l’artisanat, et plus particulièrement du pain, s’est dessinée fin 2010, tandis qu’elle se rendait dans la boulangerie d’un village voisin. «L’absence de commerce à Sailly-Labourse m’a soudain semblé aberrante compte tenu du potentiel de passage que représentait la D943 ».

S’en est suivie une débauche d’énergie de plusieurs mois, aussi intenses qu’enthousiasmantes jusqu’à l’ouverture de son premier magasin. « Je me suis formée sans compter mes heures, j’ai effectué tous les métiers possibles de la boulangerie – du pétrissage à la cuisson – ce qui me donne aujourd’hui encore la polyvalence et une vraie légitimité auprès des équipes malgré mon arrivée tardive dans la professionVouloir c’est pouvoir ! » aime-t-elle rappeler à ses collaborateurs. « Les seules barrières qui existent sont celles que chacun se fixe : donc il est préférable de ne pas s’en fixer », sourit-elle.

L’envie, la curiosité, l’enthousiasme : tiercé gagnant

Les encouragements font partie des nombreux messages que Dany partage avec son équipe. « J’aborde ce métier et le management avec l’honnêteté et l’humanité que la photographie m’a enseignée. » Et, à ses yeux, l’analogie entre les deux univers ne s’arrête pas là. « Un pain comme un cliché de mariage évoquent des moments heureux. Quant au labo, en boulangerie comme en photo, il est le lieu de l’exigence, de la précision et du travail collectif. Ce sont des idées que j’aime partager pour rappeler la noblesse du métier et donner envie aux plus jeunes », poursuit cette passionnée pour qui il serait inconcevable « d’aller au boulot uniquement pour le salaire ». « En tant que manager, il est indispensable de susciter la curiosité, l’enthousiasme pour tirer le meilleur de chacun, sinon l’aventure perd de son intérêt », assure-t-elle.

” Le labo, en boulangerie comme en photo, est le lieu de l’exigence et du travail en équipe. “


Sa philosophie humaniste justifie les choix forts qu’elle a consentis pour le développement de Tous les matins, tant dans le mode de fonctionnement – approvisionnement en circuit court, fabrication de A à Z, etc. – que dans la gestion du collectif – management horizontal, écoute permanente, mise en place du service WiiSmile. « Plutôt que de nier la difficulté du métier, je m’évertue à valoriser l’aspect humain qu’on privilégie ici par l’écoute et la proximité. Proposer WiiSmile à l’équipe fait partie de ces initiatives positives qui mettent fin à l’inégalité qu’il pourrait y avoir avec de plus grosses structures, ou d’autres métiers a priori moins exigeants ». Derrière ce détail, Dany cultive une certaine idée de la perfection.

WiiSmile vu par Dany

« Chez Tous les matins, on propose WiiSmile aux 17 collaborateurs depuis 2017. J’aime le confort d’utilisation du service : il est facile d’accéder à son compte, et de bénéficier des opportunités en ligne (loisirs, vacances, culture). Et je ressens une vraie volonté de faire évoluer l’offre, de la part d’un partenaire que j’apprécie aussi pour la culture humaine que ses équipes nous témoignent. »

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1 réaction sur “ De photographe à boulangère : Dany, une reconversion qui sort des clichés ”

  1. Poot Réponse

    Une personne très droite très juste qui est aussi très humaine envers ses collaborateurs.
    Après 8 ans de boulangerie avec plusieurs employeurs à mon actif je suis content de pouvoir dire que c’est la patronne la plus honnête que j’ai eu. Bonne continuation.

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